Les ténèbres.
Un couloir sombre, taillé dans une roche noirâtre par des créatures que les dieux eux même ont oubliés. Lentement, les murs s'animent , éclairés par la danse folle d'une lumière rougeoyante. Sur les parois, on devine des impacts de pioches et des empreintes de griffes démesurées. Le boyau suinte, siège d'un mal dont on ne veut connaître l'origine. La lumière se rapproche, épaisse comme l'écoulement d'une saignée. Des bruits de pas l'accompagne. Un son mat, sans relief, absorbé dès son émission par le sol bosselé.
Deux silhouettes se découpent sur les murs. Les formes torturées se meuvent d'une façon grotesque, agitées de soubresauts.
Désarticulées par les assauts conjugués des irrégularité de la paroi et de la lumière, elles avancent hors du temps, perçant les ténèbres dans leurs robes pourpres.
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Attention! On arrive dans une salle.
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Très bien. Vous désirez officier ou j'envoie un éclaireur?
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Euh...envoyez un éclaireur, je n'ai pas encore totalement récupéré de notre dernière rencontre. Ma jambe me lance encore.
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Comme il vous plaira.
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Et cette fois, si possible, ne portez pas votre choix sur un chien de l'enfer.
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Pourquoi donc, mon ami?
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Et bien, la dernière fois, il s'est soulagé sur mes bottes juste avant que vous ne le révoquiez.
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Par Gürügoll! Toutes mes excuses mon pauvre ami.
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Oui, surtout pour mes bottes. Elle empestent le souffre et la m...
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Ahhhh....c'est donc ça cette odeur qui nous poursuit depuis tout à l'heure. Oui, c'est caractéristique des chiens de l'enfer: putride et sulfureux.
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Oui. Je confirme.
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Je vais essayer autre chose... voyons voir... Pour une salle circulaire, plongée dans la pénombre, en ajoutant un fort malus olfactif, le Tchernorabbit me paraît tout indiquer.
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Tchernorabbit?!
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Oui, cher ami, c'est le terme vulgarisé. Il s'agit en fait d'un lapin bicéphale, Leporellus Tchernobilus en langage érudit . Bon, éloignez vous un peu, l'odeur de vos chausses pourrait le faire fuir prématurément. Veni, vidi lapinus Tchernobilus! Zbafff!
Un splendide lapin au pelage blanc immaculé se matérialisa aux pieds de l'invocateur. Paisiblement installé sur son arrière train, il fixait son maître de ses quatre yeux dénués d'intelligence. Nerveux, il se raidit et huma frénétiquement l'air ambiant de ses deux paires de narines.
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Mais... que fait-il?
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Il a peur. Il sent un danger.
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Encore?!
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Non, rien de désagréable pour nous deux, enfin... pas à court terme. Je pense qu'il vient de flairer... vos bottes. Je suis sincèrement désolé, mais je crois qu'il va falloir que vous vous en délestiez.
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Je n'ai pas vraiment le choix dirait-on. Heureusement que je ne me sépare jamais de mes chaussons de monte-en-l'air.
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Assurément. Que serait un voleur sans ses chaussons.
Le voleur s'étant débarrassé de ses bottes, le lapin reprit consistance. Rassuré, il fit quelques bonds autour de l'invocateur, nullement impressionné par l'atmosphère pesante qui régnait en ces lieux. Puis, avec nonchalance, la tête de droite commença à lécher les oreilles de celle de gauche.
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Bien, il a l'air tout à fait compétent et lucide. Je vais lui lancer un sortilège de lumière mineure. Il pourra s'orienter plus facilement et nous pourront ainsi apprécier au mieux sa progression dans la salle.
L'invocateur marmonna une suite de mots étranges et une vapeur blanche commença à émaner de ses paumes. Il s'agenouilla près du lapin et le caressa avec avec douceur. Quelques instants plus tard, le lapin baignait dans une douce lueur crémeuse.
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Va! léporidé, explore cette salle, je te l'ordonne.
Le lapin pénétra dans la salle sans hésitation. La lumière qu'il projetait renseigna rapidement les deux compagnons sur la taille de la pièce: une trentaine de mètres de diamètre et une porte à l'autre extrémité. Le plafond, trop haut, n'était pas visible. Rassurés, le voleur et l'invocateur traversèrent et s'approchèrent de la porte.
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Ça fait plaisir une salle sans piège. C'est reposant.
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Pour le repos, il faudra attendre. Regardez la porte. Il n'y a pas de poignée ni de serrure.
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En effet, mais regardez de plus près, on dirait qu'un texte est gravé dans le bois. On voit mal, il y a une espèce de résine collée sur la porte. Je vais gratter un peu avec ma dague. Scritch, scritch, scritch...voilà c'est fait. Par contre, je ne connais pas ce langage, on dirait du gnome à première vue.
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Laissez moi voir. Hum...en effet c'est bien un dialecte gnome mais certains mots me sont inconnus.
Le voleur regarda en direction du tunnel quelques instants, comme s'il s'attendait à voir arriver quelqu'un.
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Vous avez entendu?
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S'il vous plait, mon ami, j'essaie de déchiffrer ce texte.
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Je crois que quelqu'un vient de crier mon nom.
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…
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Étrange, par mon vrai nom qui plus est...
L'invocateur saisit la besace qui pendouillait sur son flanc et souleva le rabat. D'une couleur indéfinissable, elle arborait en son centre un symbole kabbalistique complexe. Elle était totalement vide, et plus étrange encore, ne possédait pas de coutures. L'invocateur plaça sa main au dessus de l'ouverture et claqua des doigts. Une lumière argentée jaillit du sac, ainsi qu'une légère odeur de miel.
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Octavius, mes lunettes linguistiques je vous prie, fit l'invocateur d'une voix neutre.
Une main recouverte de poils émergea de la lumière, une paire de lunettes coincée entre le pouce et l'index. L'invocateur s'en empara et les chaussa après avoir refermé le sac. Les montures, aux reflets métalliques, n'abritaient aucun verre.
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Voyons voir ce que dit ce texte. «Mon ouverture n'est pas aisée, à celui qui n'a pas de voix. Pensez à vous égosillé si vous voulez suivre cette voie. »
L'invocateur relu plusieurs fois l'énigme en se caressant le menton. De son côté, le voleur inspectait la pièce à la recherche d'une autre issue. Le lapin, lui, regardait en l'air, les narines frémissantes.
Puis, le voleur se gratta ostensiblement l'entrejambe et, disparu. Volatilisé.
L'invocateur, toujours plongé dans son énigme et suspendu à son menton, ne remarqua pas la disparition. La lumière qui émanait du quadrupède se fit plus faible, plongeant la pièce dans une pénombre malsaine. L'invocateur se racla la gorge et marmonna des paroles grumeleuses. Enfin, excédé, il hurla, face à la porte.
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OUVRE TOI, CATIN, OU JE TE DEGONDE!!!
La voix fût absorber par les murs huileux, avalant le concept même de l'écho.
L'invocateur fixa la porte avec attention, mais rien ne se produisit.
Le lapin, tétanisé, scrutait de ses quatre orbites l'absence de plafond.
L'invocateur jura, molesta la porte d'un coup de pied rageur et fît volte-face.
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Cette énigme va me rendre fou mon ami. Vous pourriez peut-être m'aidez à... mais... où est-il donc passé?
A peine remit de sa surprise, il vit tomber devant lui, en provenance direct du plafond, ce qu'il jugea être un navet. De la taille d'une belle citrouille, le navet arborait une belle robe couleur crème, une couronne lie de vin gracieusement tachetée et une chevelure drue, d'un vert gras. Un deuxième radis atterrit juste à côté du lapin. Puis un troisième, un quatrième et un cinquième. Le sixième termina sa chute sur le lapin qui stoppa définitivement d'émettre la moindre lueur.
L’obscurité était totale. Seule une faible lumière bleuâtre se dégageait presque timidement du texte incrusté dans la porte. L’invocateur sursautait à chaque nouvel impact d’un légume sur le sol. Comme hypnotisé par cette rythmique triballe, l’invocateur demeurait immobile, le dos collé au mur.
Du couloir qui lui faisait face, il vit alors apparaitre une flamme. Oscillante mais dense, elle narguait l'obscurité, perchée au sommet d’une torche tenue par un homme au physique rocailleux.
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Invocateur! C'est Vous? fit l'homme d'une voix autoritaire.
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Oui, je suis là, juste en face.
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Vous allez bien? Je vous vois mal.
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Merci de vous en inquiéter, je vais bien... pour le moment..
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Et le voleur?
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Je ne sais pas. Il a disparut.
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Et les radis par terre?
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Je pencherai plutôt pour des navets. Ils viennent de se laisser choir du plafond.
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Les séchoirs?
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Excusez-moi. Je disaient qu'ils viennent de tomber du plafond.
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Bizarre, je croyais que ça poussait dans la terre.
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Euh oui, en général, mais ils n'ont pas l'air normaux.
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Bah moi, je préfère la viande de toute façon.
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Oui, c'est souvent le cas chez les barbares des basses contrées . Pourriez-vous me rejoindre avec votre torche, j'ai besoin de lumière par ici. Une porte bloque le passage.
Le barbare traversa la pièce, en écrasant au passage un petit navet d'un coup de talon.
Le navet poussa un cri plus aigu qu'une otite.
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Par le septième cercle, des navampires, dit l'invocateur le visage soudain devenu livide.
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Des navets empires?
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Les navampires sont des légumes démoniaques qui se nourrissent exclusivement de pommes d'Adam. Ils adorent le craquant de ce cartilage, ayant même une préférence pour celui des femmes.
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Des femmes qui s'appellent Adam?
Il y avait à présent une cinquantaine de navampires dans la salle. Dressés sur leurs feuilles pareilles à de courtes jambes, ils avançaient lentement vers leur repas. Une bouche difforme ornée de dents disgracieuses et tranchantes barrait à présent leur robe crème. Leurs cliquetis rappelaient le son des silex qui s'entrechoquent.
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Barbare, gagnez un peu de temps, j'ai peut-être une solution pour nous sortir de ce guêpier. J'espère que le remède ne sera pas pire que le mal...
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D'accord, j'y vais. Comment je fais pour gagner du temps?
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Vous en massacrer un maximum. Imaginez que ce sont... des poulets d'élevage.
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Des poulets? BERSEEEEEERK!!!
Le barbare lâcha la torche et brandit une épée à la lame fatiguée. Son regard n'était que fureur, il découpait, tranchait, débitait, lacérait les navets avec une précision inimaginable pour un carnivore. Lancé dans sa folle danse macabre végétalienne, il ne s'apercevait pas que pour chaque navampire qu'il renvoyait à la terre, deux nouveaux tombaient du plafond.
Pendant ce temps, l'invocateur marmonnait des paroles indistinctes accompagnées de vastes gestes incantatoires. Les yeux clos, il était à la merci des navampires, complètement absorbé par son rituel. Le barbare, pris d'une folie légumophobe, dévastait tout au fil de son épée, il vociférait comme un dément:
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Je Hais les légumes! Mort aux tubercules! Le potage pour les Hobbits! La carotte pour les ânes.
Une lueur blafarde apparut entres les mains de l'invocateur. Vacillante, elle gagna rapidement en intensité pour former en quelques secondes une sphère de lumière laiteuse. L'invocateur, d'un geste brusque, la lança au dessus de lui où elle s'immobilisa à une dizaine de mètres du sol. La sphère prit de la consistance et sa lumière s'épaissit et s'intensifia. Enveloppée dans un voile duveteux, elle ressemblait à une lune miniature. Sa lumière, trop faible, ondulait sur le barbare et les navampires, transformant leurs sourires éteints en mâchoires infernales.
Le barbare commençait à donner des signes de fatigue quand le voleur se matérialisa à l'endroit d'où il avait disparut. Malheureusement pour lui, une soixantaine de navampires affamés le séparait de ses compagnons. Trop occupés à vouloir dévorer le barbare, les légumes mutants ne semblaient pas l'avoir vu.
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Mon ami! Mais où étiez-vous donc passer, hurla l'invocateur.
Le voleur, voyant s'évanouir tout espoir de rester dissimulé dans l'ombre, écarquilla les yeux et fit un geste éloquent de l'index en direction de l'invocateur.
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Ne vous inquiétez pas mon ami, le barbare maîtrise la situation.
Le barbare, à bout de force, se préparait pour le dernier assaut. Tous ses muscles étaient tendus de façon obscène, la sueur ruisselait sur son corps couvert de cicatrices, la lune artificielle se reflétant sur son crâne rasé.
Un grondement sourd raisonna alors dans toute la pièce. Une forme indistincte s'éleva au milieu des navampires qui poussaient à présent des cris stridents de terreur. A l'endroit même où le Tchernorabbit s'était évanoui, une créature se dressait sur ses pattes postérieures. D'une taille comparable à celle d'un Troll à crête, la créature arborait un pelage fuligineux. Avec ses pattes antérieures garnies de griffes tranchantes, elle semait un véritable carnage dans les rangs des navampires. Telles des piques à brochettes géantes, elles empalaient sans distinction les frêles mutants légumineux. Au sommet de ce corps massif et rebondis, trônaient deux têtes, étrange amalgame d'un lapin et d'un loup. Surplombant la scène, le pâle disque lunaire éclairait cette danse mortifère de ses rayons nacrés.
Les navampires, précipités du statut de convives à celui de diner, gesticulaient en tout sens et se ruaient sur les parois de la salle, afin de tenter de fuir dans une impossible escalade. Quelques inconscients se jetaient sur le monstre dans l'espoir insensé de lui dérober sa pomme d'Adam. Les plus malin fuirent par le couloir d'accès en toute discrétion.
Remis de leur surprise, le voleur et le barbare rejoignirent l'invocateur à côté de la porte.
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Que pensez-vous de mon Tchernorabbit-garou mes amis?
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Qu'on ne trouvera jamais de terrine assez grande, répondis le barbare.
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Est-il exclusivement végétarien? questionna le voleur passablement inquiet.
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Le Tchernorabbit et le lapin nain à dent de sabres sont les deux seules espèces qui, sous une forme lycanthropique, préfèrent la viande aux végétaux. Nous ne devons d'être encore en vie qu'à la myopie très prononcé de l'animal.
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On attend quoi alors?
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Cette porte, cher barbare, refuse de se mouvoir sur ses gonds. Une énigme décourageante semble faire office de clé.
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Une énigme?
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Oui. Il est écrit: Mon ouverture n'est pas aisée, à celui qui n'a pas de voix. Pensez à vous égosillé si vous voulez suivre cette voie.
Le barbare se gratta la tête comme si une idée allait naître de ce stimulus. Puis il saisit sa hache et se jeta sur la porte en vociférant. S'acharnant sur la porte avec la même rage que celle nécessaire à extraire une entrecôte d'un yak à l'agonie, le barbare résolut l'énigme avec brio et la porte céda rapidement sous les assauts. Avant que le Tchernorabbit-garou n'eut réalisé que son dessert se carapatait, les trois hommes s'engouffraient dans l'ouverture.
Le couloir était trop étroit pour que la créature ne s'y aventure, aussi, les trois rescapés firent une pause salvatrice.
C'est le voleur qui brisa le silence que seule les respirations venait troubler.
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Je n'arrive toujours pas à croire que ce minuscule lapin ait pu se transformer en un tel monstre.
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Je vous comprends mon ami, même moi qui suis un habitué, cela me surprend à chaque fois. Au fait, ou avez-vous donc disparu juste avant que les navampires n'apparaissent?
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Une irrépressible envie de satisfaire un besoin naturel.
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Ah certes, je comprends mieux.
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Attendez....taisez-vous un instant je vous prie...il me semble que quelqu'un m'appelle.
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…
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C'est assez lointain je dois dire, mais quelqu'un m'appelle, j'en suis sur.
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Je suis désolé mon ami, je n'ai absolument rien entendu.
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Oui, oui, c'est étrange, la voix semble se rapprocher. Le ton est agressif.
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Vous vous sentez bien? Je n'entends pas le moindre appel.
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Si, je vous assure, ça se rapproche.
Soudain, le voleur s'immobilisa. Figé comme celui qui aurait croisé le regard de la Gorgone, ses yeux pétrifiés fixaient un point imaginaire. L'invocateur lui passa une main devant les yeux, sans résultat. Assis contre le mur, le barbare dévorait un morceau informe de viande séchée. Décontenancé, l'invocateur bourra sa pipe comme pour se donner une contenance.
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Surement une déconnexion, murmura-t-il en allumant sa pipe de bruyère.
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NOOOOOOOOOON!!!
Le voleur hurla de tout son être et détala comme si l'haleine d'un Balrog lui avait chatouillé la nuque.
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Non, non, non, non, noooon, m'man, attend, s'te plait, je suis bientôt au point de sauvegarde. J'veux pas tout recommencer.
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Kevin!! A table!! Ça fait dix minutes qu'on attend. Je t'avais prévenu, je coupe le courant. Clac.
Les ténèbres.
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